von

Notre société est en pleine mutation

"How will we live together?" | Biennale Architettura Venezia 2021 | Photo Muriel Langenberger

Notre vie est de plus en plus numérique. Nous nous "rencontrons" dans les médias sociaux. Les algorithmes dirigent notre formation d'opinion. Avec l’évolution démographique, quatre générations cohabitent pour la première fois. Le changement climatique nous place devant d'immenses défis.

Comment pouvons-nous devenir plus résilients sur le plan social et comment l'économie peut-elle l'être

Dans ce contexte pluriel, l'engagement social d'une partie de la population, notamment des jeunes, est marqué par la recherche de sens et d’identité, ainsi que par un comportement durable. Le monde du travail s’est brutalement transformé avec la pandémie, il le sera encore fortement dans les années à venir, par les efforts environnementaux nécessaires, et la digitalisation et la robotisation de certains métiers.

Les changements sont multiples, la pandémie en accélère le développement. A l’intersection de ces transitions, on retrouve toujours les questions de surexploitation des ressources et les inégalités.

Les changements que nous vivons en tant que société exigent de nouvelles façons de penser et des comportements durables. Nous devons construire une société et une économie résilientes.

Vers une société résiliente

Quelle lecture devons-nous tirer de cette période d’inconstance ?  Comment gérons-nous l’incertitude – essence même de la pandémie –quant à l’évolution des connaissances scientifiques et des décisions politiques ? Comment vivons-nous les réactions, parfois extrêmes, de notre société ?

Face à une pandémie aux développements inconnus, nous devons faire confiance à la science et à nos institutions, accepter qu’elles ne peuvent pas tout savoir sur ce qui n’existe que depuis peu, et les aider en jouant le jeu.

Sans perdre pour autant notre rôle critique, et en laissant s’exprimer nos interrogations, nous devons néanmoins apprendre à nous adapter. A devenir une société résiliente. Car au-delà de la pandémie, le changement climatique, l’évolution démographique et la digitalisation, vont exiger de nous de constantes et bien plus importantes adaptations dans le futur, dans la prochaine décennie déjà.

"Une société est résiliente si tous les individus, ou du moins la plupart d'entre eux, ont la possibilité de réagir pour rebondir", Markus K. Brunnermeier.

La capacité d'évoluer positivement

Selon le psychiatre français Boris Cyrulnik, inventeur du concept, la résilience peut être résumée comme la “capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d'une adversité qui comporte normalement le risque grave d'une issue négative ». En d’autres mots, c’est la capacité à se relever d’une adversité. Dans le cadre de la pandémie, où tout comportement individuel peut avoir un impact sur les autres, la résilience exige davantage qu'une pensée individualiste. La résilience devient sociétale. Sur ce plan collectif, cela nécessite d’apprendre ensemble, en échangeant sur nos points de vue, et en acceptant nos différences.

Le seul moyen, c’est donc ensemble. Il faut à tout prix éviter la division de la société. Il faut au contraire cheminer et évoluer ensemble, malgré les différences et les possibles échecs. En devenant une société résiliente, nous saurons mieux faire face aux difficultés et à des circonstances imprévues.

Comment rendre l'économie plus résiliente ? ou : le facteur humain

Du côté du monde du travail– et il en va de même du côté dans le domaine de l’éducation – les restrictions aux déplacements et les mesures de protection ont impliqué de passer en mode digital. D’un côté, nous nous sommes adaptés très rapidement et avons ainsi rattrapé un retard important dans le domaine de la transition numérique. De l’autre, nous avons enfin accepté le télétravail comme une évolution nécessaire, une réalité. Dans les deux cas, la société a fait un grand pas en avant : meilleur équilibre entre travail et vie personnelle, réduction du temps de transport et des émissions liées à ces déplacements. C’est dire que les crises peuvent aussi être catalyseurs de changements positifs !

La digitalisation et les conséquences de la pandémie – qui ont touché certains secteurs plus que d’autres – ont chamboulé le monde du travail dans son ensemble, faisant émaner de nouvelles exigences sociales, écologiques et durables.

A court terme comment combinons-nous les modèles de travail hybride et flexible avec la culture d'entreprise ? Quelles conditions de travail offrons-nous aux jeunes mères ? A moyen terme, comment gérons-nous la pénurie de personnel qualifié et la transition professionnelle pour les métiers à haut potentiel de substituabilité ? Comment attirons-nous et fidélisons-nous les jeunes talents ? Comment assurons-nous l’égalité salariale ? Comme évitons-nous la discrimination par l’âge ? Comment mettre en place des possibilités d’apprentissage et de formation tout au long de la vie ?  Comment valorisons-nous le travail des soins et de garde ? A long terme, comment répondons-nous aux exigences de nos collaborateurs eux-mêmes, de nos clients et du public en matière de durabilité écologique et sociale ?  Toutes ces questions sont de plus en plus présentes dans les entreprises et les organisations.

Avec les chamboulements actuels, les entreprises sont amenées à devenir plus agiles, tout en cherchant l’équilibre entre efficience et résilience. Si la résilience de l’économie passe par la créativité, l’innovation, et par une responsabilité écologique et durable– c’est-à-dire par un développement des technologies et par la digitalisation– l’agilité dont a besoin l’économie pour gérer la transition, repose quant à elle, sur le facteur humain.

Nous sommes tous responsables

La construction d’une société et d’une économie résilientes est l’affaire de toutes et tous. Les adaptations nécessaires impliquent des choix et des comportements plus conscients au niveau individuel et collectif, politique et économique. Parce qu’une « société est résiliente si tous les individus, ou du moins la plupart d'entre eux, ont la possibilité de réagir pour rebondir », écrit Markus K. Brunnermeier dans son récent livre « The resilient society » (Princeton University, septembre 2021).

Muriel Langenberger, en français

Muriel Langenberger

Muriel Langenberger

Fondatrice du think tank Swiss Society Lab, elle fut membre de la direction de la Fondation Jacobs jusqu'à fin 2019. Avant 2013, elle a dirigé le secteur Politique de l’enfance et de la jeunesse à la Confédération. Les douze années précédentes, elle a travaillé à la fondation de Terre des hommes, au Moyen-Orient et en Asie, avant de développer les programmes en Suisse. En 1995, elle a obtenu un Master en Relations internationales à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève.

Zurück

Kommentare

Einen Kommentar schreiben

Bitte rechnen Sie 4 plus 3.